Diptyques image - texte

l'image photo face à l'écriture, mots, allusions, critiques, questions, dérisions, …

Le mot diptyque vient du grec ancien díptykhos, deux-pans. À l'origine les diptyques codicillaires étaient des tablettes où étaient gravés les décrets impériaux. Dans les arts plastiques le diptyque est un ensemble composé de deux unités distinctes qui entretiennent une correspondance.

Les "images" les plus anciennes connues à ce jour datent d'environ 30 000 ans et relèvent des traces humaines découvertes dans des grottes préhistoriques. Quand ces premières images se transformaient en signes, donnant naissance à l'écriture d'hiéroglyphes et de pictogrammes, on se situe à 2 000 ans avant notre ère. Il a fallu attendre le Moyen-Age pour voir apparaître du texte s'associant aux images dans les enluminures. Le concept " écrire avec la lumière " voit le jour avec l'invention de la photographie en 1839. Le procédé argentique a largement dominé les différents procédés photographiques analogiques inventés durant l'histoire de la photographie. La naissance de l'informatique de la fin du 20ième siècle a fait apparaître l'appareil photo numérique qui, aujourd'hui, n'est plus qu'un gadget de plus des téléphones portables. Quelques milliards d'images en couleurs circulent sur l'internet tous les jours
Depuis les années 1980, avant la naissance de la photographie numérique, Roger Kockaerts, photographe créatif et pionnier de l'art informatique en Belgique crée, sous le pseudonyme de Roger Coqart, une série de diptyques dans lesquels un tirage photographique argentique et un graphisme généré à l'ordinateur sont en symbiose ou en paradoxe afin de constituer des travaux à caractère poético-conceptuels. A ce jour, afin de se distancier du concept de la photo numérique instantanée, il continue à employer le tirage argentique monochrome comme la partie image de ses diptyques.

Dans ces pièces des combinaisons des symboles mathématiques, lettres et chiffres, disponibles sur le clavier infographique, sont utilisés de façon sémantique en regard d'une image photographique analogique. Dans ces pièces la complicité et l'analyse de la part du spectateur sont parfois d'une importance vitale.
De la citation " une image vaut mieux que mille mots " on pourrait supposer que la compréhension de l'image par un individu est quasi instantanée, en opposition avec une lecture plutôt linéaire d'un texte. Il semblerait que l'individu sélectionne, selon ses aptitudes, des éléments de l'image afin de s'en former une opinion définitive. D'autre part la présence d'une pluralité de possibilités de compréhension présentes dans certaines images nécessite un contexte ou un texte sous la forme d'un titre, légende, explication, ou autre. On peut utiliser le terme "image-texte" pour parler des relations entre les deux entités, qu'elles soient construites en terme de différence ou de similitude. Dans notre projet "diptyques", cette relation "image-texte" est donc un lieu où différents aspects des composantes de la vie de société sont en conflit ou en accord avec la représentation d'une réalité concrète sous la forme d'une image photographique argentique.
Quoique chaque diptyque possède un titre et que les éléments des images soient relativement simples, le spectateur doit parfois faire un effort intellectuel afin de pénétrer les implications visuelles et les interactions des créations poético-conceptuelles.
Dans un mémoire présenté à l'Université Libre de Bruxelles, Michèle Minne* écrit : " Hasard, érotisme, humour, ironie sont les maîtres mots de cette série. Ces notions nous rappellent les caractéristiques d'un mouvement pictural qui s'est particulièrement développé chez nous : le surréalisme. La référence à la pensée Bul n'est probablement pas l'effet du hasard. Dans sa volonté de ne pas se prendre au sérieux et de dénoncer les vicissitudes de notre société avec ironie et poésie, Roger Coqart a quelques liens de parenté avec le Daily Bûl. Il est influencé par leur tournure d'esprit qui - le plus sérieusement du monde - démonte les mécanismes de la logique pour tourner la moindre des phrases en dérision. C'est un paradoxe, car si nous nous remémorons la définition du surréalisme, nous constatons qu'elle bannit toute intervention de la raison. Or, Roger Coqart ne cesse d'y faire référence."

Chaque diptyque consiste d'un tirage photographique analogique, traité selon les techniques d'archivage et d'un graphisme généré à l'ordinateur copié sur un papier de qualité de conservation. Les diptyques sont montés sous Marie-Louise de dimensions 40x50cm. Les graphismes génératifs sont créés avec des programmes informatiques spécifiques.

*Michèle Minne - "Deux pionniers de l'art informatique en Belgique : Peter Beyls et Roger Coqart ", Mémoire présenté en vue de l'obtention du grade de licenciée en Histoire de l'Art et Archéologie à L'Université Libre de Bruxelles, 1985.